5 descendants de travailleurs indiens engagées de Guadeloupe et de Martinique

Si l’on se réfère à ce que beaucoup pensent, les Antilles et la région Caraïbe, sont des endroits ou les populations sont exclusivement descendantes de populations africaines.

Alors, oui, une grande majorité des personnes d’origine caribéenne descendent d’esclaves africains. Puisque le nombre d’africains qui ont été déportés vers cette région du monde, est élevé, par rapport aux autres migrations humaines.

Mais général, on a souvent tendance à oublier que d’autres groupes humains sont arrivés avant ou après la présence des africains aux Antilles. De ce fait, très peu savent qu’il y a des communautés indiennes, chinoises, syriennes, libanaises, ou portugaises, dans les différents territoires de la caraïbe. Les gens n’ont pas conscience que le peuple caribéen est un mixte de toutes ces populations, qui ont été amenées à cohabiter ensemble.

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4 descendants de travailleurs engagés congolais, en Guadeloupe et en Martinique

En tant qu’antillaise, il y a énormément d’éléments dans l’histoire des Antilles, et de la région Caraïbe, que je ne savais pas. C’est à l’âge adulte, que je me suis mise à chercher et à comprendre davantage, sur les différents peuplements des territoires caribéens.

Comme beaucoup d’antillais d’ascendance noire et africaine, j’ignorais que dans une seule et même population noire, il y avait eu plusieurs vagues d’arrivées. Je m’explique, il y avait les esclaves africains arrivés avant 1848, et des travailleurs engagés africains arrivés après 1848. Mais quelle est la différence entre ces deux vagues de peuplement ? La différence, c’est que les esclaves africains arrivés avant 1848, venaient des différentes régions d’Afrique, et ont leur enlevait systématiquement leurs noms, prénoms, traditions… Ils avaient simplement des numéros/matricules pour les désigner, ils étaient vendus à des propriétaires, et ils étaient surtout officiellement reconnus en tant qu’esclave travaillant dans des plantations.

Or, pour les africains arrivés après 1848, ces derniers sont donc arrivés aux Antilles Françaises après l’abolition de l’esclavage. À cette période, l’esclavage étant aboli, il n’y avait plus personne pour travailler dans les plantations. Les autorités coloniales ont alors envisagé de faire venir des travailleurs engagés étrangers (africains, asiatiques et européens), qui viendraient travailler dans le cadre d’un contrat (5 ans).

C’est comme cela que des travailleurs engagés originaires du Congo, débarqueront en Guadeloupe et en Martinique à partir de 1857. Comme pour leurs prédécesseurs, ils arrivent à bord de plusieurs navires ou les passagers sont à la fois des adultes (hommes et femmes) ainsi que des enfants.

Selon les historiens, 15 121 congolais sont arrivés en Guadeloupe jusqu’en 1851, et 10 521 sont arrivés en Martinique, jusqu’en 1862. Ils seront logés dans les anciennes habitations des anciens esclaves, et ils travailleront pour les anciens propriétaires.

Normalement, selon les contrats qui ont été établis, ces derniers devaient travailler un temps puis retourner en Afrique, une fois le contrat terminé. Cependant, une bonne majorité restera en Guadeloupe et en Martinique. Les billets de retour étants trop chers et n’ayant pas forcément beaucoup économisé, les congolais n’ont pas eu cette opportunité de retourner chez eux. C’est une population qui a alors finit par s’installer définitivement dans leur pays d’accueil, et ils se sont fondus dans la société antillaise.

De plus, lorsqu’ils venaient d’arriver sur ces territoires, ils ont souvent fait l’objet de moqueries de la part de la société noire créole (les descendants d’esclaves africains déjà installés depuis des générations). En effet, pour la population locale, l’Afrique restait un territoire inconnu avec beaucoup de préjugés et de mépris. Les congolais ne comprenaient par exemple pas le créole et ils tentaient de préserver leurs propres traditions également (gastronomie, musique, danse, cultes…).

Néanmoins, les générations ont passé et les travailleurs congolais sont une partie intégrante des sociétés antillaises actuelles. Premièrement, la population locale ne fait plus forcément de distinction. Deuxièmement, il y a un grand nombre de guadeloupéens et de martiniquais qui ont probablement des ancêtres KONGO/NÈG KONGO (c’est comme cela qu’on les appelait), mais qui ne le savent pas. Tout simplement parce que la transmission ne s’est peut-être pas faite au fil des générations.

De cette histoire, il reste principalement plusieurs noms de famille qui existent encore dans les deux îles. Des patronymes qui sont donc portés par les descendants : Massembo, Goma, Moanda, Angloma…

Alors comme je ne fais pas les choses à moitié, je ne me suis pas contenté de vous rédiger un simple article. Grâce à la page Instagram du site, j’ai tenu à faire mes propres recherches, afin de retrouver des éventuels descendants de Kongo aux Antilles françaises. Plusieurs d’entre-vous m’ont alors répondu, et ont accepté de témoigner ici.

Je les remercie d’avance, et je vous dis à très vite pour un nouvel article. Merci à Axel, Noëlla, Pascaline et Orlane pour leurs récits et leurs archives.

AXEL

Je m’appelle Axel et je suis descendant de travailleurs congolais, du côté de ma mère.
Mon premier ancêtre Kongo avait pour nom de famille Kalanda. On le surnommait Jean, il était père de deux enfants dont Jeannille et il travaillait dans l’habitation Bologne à Saint-Claude. Malheureusement, je n’ai pas plus d’informations que ça. Mon arrière-grand-mère Stéphanie qui était l’arrière-petite-fille de cet homme, n’a aussi pas plus d’informations.
Elle est toujours vivante, mais puisqu’elle a perdue sa maman Marie-Celestine (fille de Jean Kalanda) à l’âge de 8 ans, elle n’a pas eu le temps d’en savoir plus. De mes dernières recherches, le fief des Kalanda reste la ville de Saint-Claude en Guadeloupe.

NOËLLA

Je m’appelle Noëlla et mon arrière-arrière-arrière-grand-père était un engagé du Congo. Ce dernier est arrivé après l’abolition de l’esclavage, et il s’appelait Jean Makaïa (à l’origine, ça s’écrivait Makaya, puis le nom a été modifié). Je n’ai pas plus d’informations, mais je sais qu’il est enterré au cimetière de la ville du Moule (Nord de la Guadeloupe). Son fils qui était le grand-père maternel de ma maman travaillait en tant que contremaître à l’Usine Gardel (je crois qu’aujourd’hui, c’est là où se trouvent les activités de Damoiseau). Ainsi, il a épousé une femme de la famille Ramier.

Après les dires de ma grand-mère, j’ai effectué mes propres recherches de mon côté. J’ai alors tapé le nom Makaïa dans la base de recherche du site Anchoukaj, et je suis alors tombé sur une liste de travailleurs engagés du Congo. Je ne possède malheureusement pas de photos de cet aïeul venu du Congo, mais j’ai une photo de son fils Jean Makaïa.

Pascaline

Je m’appelle Pascaline, et je suis descendante d’engagés du Congo du côté de mon père martiniquais. Premièrement, les deux parents de mon grand-père paternel Antoine Mi-Poudou, sont tous les deux des descendants de familles immigrantes africaines. Son père était un Mi-Poudou et sa mère une Moussanga. Mon arrière-grand-mère Adélaïde MOUSSANGA est issue d’une famille d’immigrants africains, enrôlés avec un contrat de 10 ans. Ayant fait des recherches généalogiques, j’ai été amené à me rendre à Aix-en-Provence pour consulter des archives. Ainsi, je suis tombée sur des cartons d’archives, avec l’histoire de l’immigration africaine en Martinique après l’abolition de l’esclavage. J’ai pu retrouver la liste des noms des navires, les numéros des immigrants, le nombre de convois…

Le grand-père paternel de Pascaline, Antoine Mi-Poudou

Puis nous avons enfin Orlane, une énième descendante d’engagés congolais

Je m’appelle Orlane Louemba, j’ai 34 ans et je vis en Essonne en région parisienne. Ma famille est originaire du François en Martinique. Je n’ai pas beaucoup d’éléments, mais selon les anciens de ma famille, nous descendons de deux frères Louemba qui étaient tous deux originaires du Congo. Ils sont arrivés en Martinique afin de travailler dans la mécanique et ils ne sont jamais retournés en Afrique. Ils sont restés en Martinique jusqu’à leur mort.

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, voici un lien qui retrace en quelques lignes, les différentes immigrations aux Antilles :

https://www.persee.fr/doc/homig_1142-852x_2008_num_1274_1_4761

https://site.ac-martinique.fr/histoire-geographie/wp-content/uploads/sites/15/2021/10/lengagisme.pdf