5 descendants syro-libanais de Guadeloupe, Martinique, et Haïti

Les populations caribéennes sont composées de plusieurs communautés, dont les groupes sont successivement arrivés dans les territoires. En premier lieu, il y a eu les premiers peuples (les amérindiens), les africains, les européens ainsi que les asiatiques. Pourtant, il existe une énième communauté dont on parle peu en-dehors des territoires : les syro-libanais.

Comme de nombreuses populations immigrantes dans la Caraïbe, le peuple syro-libanais est arrivé dans des contextes bien précis.

Tout d’abord, il faut savoir qu’aux Antilles, pour désigner une personne issue de la communauté arabe ou perse, les gens auront tendance à la qualifier de « syrien » ou de « libanais ». Pourtant, tous ne sont pas forcément originaires de la Syrie ou du Liban.

En effet, lorsque les premières populations originaires du moyen-orient sont venues s’installer aux Antilles, ils étaient originaires de la Syrie, mais aussi de la Jordanie, de la Palestine, de la Turquie, du Liban…

Les premiers seraient arrivés quelques années après la fin de l’abolition de l’esclavage dans les Caraïbes, par rapport aux nombreuses instabilités socio-politiques de leurs pays = conflits inter-ethniques, religieux, pauvreté…

Ainsi, c’est à partir de la fin des années 1860 que la première vague s’est installée en Guadeloupe, comme en Martinique, en Guyane, en Jamaïque ou encore à Haïti… On dit que les premiers étaient de confession catholique, et qu’ils pensaient d’abord fuir vers les États-Unis d’Amérique. Cependant, beaucoup auraient eu la surprise de s’être retrouvé dans des ports maritimes aux Antilles ou encore en Amérique du Sud.

Faute d’argent, les familles n’avaient pas la possibilité de financer de nouveaux billets pour l’Amérique du Nord. C’est comme cela qu’ils se sont retrouvé à s’installer dans les territoires caribéens.

Par la suite, il y a eu d’autres vagues d’immigration, notamment dans les années 1920, 1950, ou encore dans les années 1980.

Dans la Caraïbe, les syro-libanais sont connus pour avoir une certaine position économique. On dit qu’ils ont d’abord commencé par vendre de la marchandise de ville en ville, ce qu’on appelle le « colportage », avant d’acquérir de nombreux commerces.

Plus d’un siècle après leur arrivée, les descendants des premiers syro-libanais demeurent toujours présents dans les territoires caribéens. Nous pouvons compter à ce jour, plusieurs générations de familles qui sont nées et qui ont grandi dans ces mêmes territoires. Certains ont toujours des liens avec le Liban ou la Syrie, tandis que d’autres n’en ont plus.

La plupart se font fondus dans les sociétés caribéennes, dont ils ont pour langue maternelle les créoles ou patois régionaux. En créole selon les territoires, on les désigne de la manière suivante : sirien, libanè, bwèt nan dot ou arab bwèt nan dot (créole haitien)

Après avoir fait un focus sur les populations noires et indiennes, je décide de m’intéresser à cette population. Je vous remercie d’avance pour tous les repartages que vous avez effectué suite à mon annonce il y a plusieurs semaines.

Grâce à vous, j’ai pu rencontrer de nombreux syro-libanais des Antilles qui ont su m’éclairer sur leur histoire. Merci d’avance à Stéphanie, Sara, Cindy, Estelle et Ambre ♥️

Zone Guadeloupe

Stéphanie

Je m’appelle Stéphanie ELMUDESI, je suis d’origine guadeloupéenne et mon père est issu de parents d’origine libanaise. C’est la famille de mon grand-père plus précisément, qui est issu d’une famille libanaise qui avait d’abord immigré en République Dominicaine. Par la suite, ils sont venus s’installer très jeunes en Guadeloupe. Ainsi, je sais que j’ai toujours des cousins là-bas.

La famille de mon père a grandi au Raizet aux Abymes, et plusieurs de mes oncles et tantes se sont unis avec des personnes issues des autres communautés : indienne, métropolitaine et noire pour ma mère.

Le père de ma grand-mère
Voici ma grand-mère lorsqu’elle était enfant avec ses frères et soeurs.
C’est la famille NICOLAS

Estelle

C’est mon grand-père paternel (syrien) qui est le premier de sa famille à être arrivé en Guadeloupe dans les années 50.
Il a rencontré ma grand-mère (libanaise) et ils ont eu mon père qui est né en Guadeloupe.
Quant à ma mère, elle a rencontré mon père en Syrie et est arrivée en Guadeloupe à l’âge de 20 ans.

Après leur arrivée, mes grands-parents paternels et ma grand-mère maternelle ont ouvert un magasin de prêt à porter/chaussure/tissu à Basse-Terre.
Leurs enfants ont ensuite suivi le même schéma, en reprenant ces commerces et en ouvrant d’autres magasins toujours à Basse-Terre.

La communauté syro-libanaise s’est beaucoup intégrée à Basse-Terre. D’ailleurs, un de mes oncles est l’actuel maire de cette même ville.

Voici mes grands-parents maternels peu avant leur arrivée en Guadeloupe
Ma grand-mère paternelle

Zone Martinique

Cindy

Mon grand-père syrien de son nom Rajjouh, était commerçant au pays en Martinique. Je ne l’ai jamais connu, je n’ai qu’une belle photo de lui et les souvenirs de mon papa. Beaucoup était connu comme mon grand-père pour être des commerçants.

À l’époque, mon grand-père faisait crédit dans la boutique, il se faisait payer en légumes, petits plats , pour les familles dans le besoin.. la moitié de ses enfants et petits-enfants portent son nom à ce jour, l’autre moitié le nom de ma grand-mère Ouragan.

Je vis très bien mon mélange, et je suis curieuse d’en savoir plus sur la famille côté Syrie. Ayant été bercé dans la culture antillaise, de mon coté c’est vécu de manière positive, mais avec la sensation qu’il me manque quelques pièces importantes au puzzle.

C’est vers l’âge de mes 14 ans que j’ai appris que nous avions une autre origine, car on vivait avec sans en parler, mais aussi parce que c’est la culture noire qui a toujours primé.

Voici mes grands-parents paternels, mon grand-père syrien qui a épousé ma grand-mère une femme noire.

Ambre

Ambre lorsqu’elle était enfant avec sa soeur et sa maman (descendante de syro-libanais)

Bonjour, je m’appelle Ambre et je suis martiniquaise de père noir et de mère syro-libanaise.

D’après le récit de mon oncle (le frère de ma maman), mon grand-père Joseph Haddad est arrivé en escale en Martinique, en route pour rejoindre son frère au Brésil. Seulement, il n’est jamais reparti, car il a eu un coup de cœur pour la Martinique. Il est resté avec la communauté syrienne Aboud etc… Il a sillonné la campagne en vendant des peignes, du tissu et autres babioles, puis il a eu son premier magasin au Lamentin avant d’en acquérir un autre à Fort-de-France en 1950.

Ensuite, il est parti en Syrie pour y trouver une épouse, et c’est à cette occasion qu’il épousera ma grand-mère Jeannette qui n’avait que 16 ans. Avec les femmes syriennes de l’île elle aura tout appris : cuisiner, la langue française…
Mon grand-père lui ne s’exprimait qu’en créole ou en arabe.

Les prénoms de mes grands-parents, avant qu’ils ne les abandonnent, étaient Youssef et Hanné.

Les grands-parents d’Ambre en Martinique à l’époque

Zone Haïti

Sara

Bonjour, je m’appelle Sara et je suis descendante syro- libanaise née en Haïti.
Mon arrière-grand-père s’appelait Hanna Assali et vient de la ville de Rachaya Al Wadi au Liban. Il avait deux autres frères qui eux ont été en Colombie et à Cuba, et dont nous n’avons plus vraiment de nouvelles de cette branche de la famille.
En Haïti, mon arrière-grand-père a eu deux enfants avec une femme haïtienne qui était métisse et qui s’appelait Ruth Gachette. Deux enfants naîtront de cette union, dont Josephine Assali (ma grand-mère) et Joseph Assali.

Hanna mon arrière-grand-père
Ma grand-mère Joséphine

Ma grand-mère Josephine a épousé mon grand-père Edouard Afllack (notre nom de famille a par la suite été changé quand il a eu 30 ans, puisqu’à un moment en Haïti, les Levantins étaient chassés pour des raisons politiques). Edouard Afflack est le fils d’un Syrien Elias Afflack, venu de Damas et d’une métisse haïtienne Carmela Vanté.

Les voilà plus âgés ❤️ ma grand-mère Joséphine et mon grand-père Edouard

Pour finir, il y a eu plusieurs vagues d’immigration en Haïti. Encore plus récemment, plusieurs syriens sont venus en Haiti suite à la guerre qui a commencé en 2010. Ces jeunes sont venus pour échapper à l’obligation de faire le service militaire. Certains sont repartis à cause des problèmes politiques de ces derniers mois, mais il en reste quelques-uns. Ainsi, la majorité est originaire de la région de Tartous.

Pour aller plus loin, voici des vidéos qui traitent le sujet et que j’ai retrouvé sur Youtube :

Les Syro-libanais d’Haïti

Les Syro-libanais de Guadeloupe

Les Syro-libanais de Martinique

Sinon, il y a aussi des articles :

https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/2015/09/12/une-famille-martiniquaise-d-origine-syrienne-raconte-son-histoire-286341.html

https://www.lepoint.fr/societe/la-martinique-a-accueilli-des-migrants-syriens-il-y-a-80-ans-03-10-2015-1970405_23.php#11

https://www.lorientlejour.com/article/877/La_saga_des_Libanais_en_Haiti.html

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